Fulgence Girard – son époque

J’ai entendu un jour à la radio que les jeunes d’aujourd’hui n’ont plus de repère car le monde change trop vite. Que dire alors de la période 1789-1848 qui a vu, en une vie d’homme, se succéder révolutions et guerres, 9 régimes et formes de gouvernement,  de la déclaration des droits de l’Homme au sacre de Napoléon en passant par la décapitation du roi et la révolution industrielle.
La période de Girard commence un peu plus tard car il naît en 1807.



Repères historiques

Voici quelques repères historiques permettant de situer Fulgence Girard, sa politique et son œuvre dans le contexte de l’époque (télécharger en PDF). Ceci n’est qu’une chronologie de repérage ; plus d’explications sont données dans la section d’après.

Période Gouvernement Évènements
 XVIe - 1789 Ancien Régime Monarchie absolue
Louis XVI règne à partir de 1774
14 juillet 1789 - prise de la bastille 
1789-1792 Monarchie constitutionnelle Abolition des privilèges et déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (août 1789), constitution du 3 septembre 1791, fuite à Varennes (20 juin 1791)
10 août 1792 -  Commune insurrectionnelle de Paris
1792-1804 Première république
1792-1795 Convention Le roi est décapité le 21 janvier 1793
La Terreur (1793–1794)
26 octobre 1795 - Séparation de la Convention
1795-1799 Directoire Fondé par la Constitution de l’an III (1795)
9 novembre 1799 - Coup d’État du 18 Brumaire
1799-1804 Consulat Bonaparte est Premier Consul, prémices du Premier Empire
18 mai 1804 - décret du Sénat proclamant Bonaparte Empereur
1804-1814 Premier Empire Sacre de napoléon, guerres napoléoniennes, abdication
1807 : naissance de Fulgence Girard
6 avril 1814 - abdication de Napoléon
1814-1815 Première restauration Retour des Bourbons sur le trône (Louis XVIII), mise en place de la charte de 1814.
1er mars 1815 - Retour de Napoléon
1815 Les 100 jours Napoléon revient en France, rassemble ses troupes contre la coalition et est défait à Waterloo
18 juin 1815 - Défaite de Waterloo
1815-1830 Seconde restauration Monarchie constitutionnelle de la Maison capétienne de Bourbon : Louis XVIII (1815–1824) puis Charles X (1824–1830)
Stabilité civile et paix extérieure
Début de la révolution industrielle
27-29 juillet 1830 : les Trois Glorieuses
1830-1848 Monarchie de Juillet Louis-Philippe Ier, roi des Français (Maison d’Orléans)
Exode rural
Détérioration de la condition ouvrière, paupérisme
Agitations civiles et révolutionnaires, insurrections violentes :
  • 21-24 novembre 1831 : Révolte des Canuts à Lyon
  • 5–6 juin 1832 : insurrection réduite au cloître de St-Merry (mort de Gavroche)
  • 9 avril 1834 : seconde insurrection des canuts lyonnais, et comparution des insurgés en mai 1835 devant la Chambre des pairs. Girard, en tant qu’avocat, est un des défenseurs.
  • 12 mai 1839 : insurrection par la Société des saisons (Auguste Blanqui, Armand Barbès, Martin Bernard).
23-25 février 1848 - Révolution de 1848
1848-1851 Seconde république Instauration du suffrage universel
Les manifestations et “Journées” révolutionnaires des républicains sociaux continuent :
  • 17 mars 1848 : manifestation pour repousser les élections
  • 15 mai 1848 : les républicains sociaux, évincés du gouvernement par les républicains bourgeois (et les urnes), tentent de prendre le pouvoir par la rue
  • 21 juin 1848 : la fermeture des ateliers nationaux entraine des manifestations et de violents combats
  • 13 juin 1849 : la politique envers la république italienne enflamme les dernières forces de l’extrême gauche qui tente de prendre le pouvoir.
Élection de Louis-Napoléon Bonaparte (10–11 décembre 1848)
2 décembre 1851 - coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte
1852-1870 Second Empire Napoléon III  (Louis-Napoléon Bonaparte)
Travaux haussmanniens
Guerre de Crimée (1853-1856)
Guerre de 70 (1870-1871)
2 septembre 1870 - capture de l’empereur Napoléon III à Sedan
4 septembre 1870 - proclamation de la 3e république
1870-1940 Troisième république Insurrection de la Commune (18 mars - 28 mai 1871)
1873 : décès de Fulgence Girard

Contexte historique

Si je vous demande ce qui, en 1832, pouvait distinguer les « carlistes » et les « henriquinquistes », allez-vous pouvoir répondre à la question ? Si oui, la section ci-dessous n’est pas pour vous. Si comme moi vous n’avez qu’un vague souvenir de vos cours d’histoire du lycée, si vous avez oublié lequel est en premier de la république et de l’empire, voici un résumé qui vous permettra de donner du sens aux repères ci-dessus et aux actions de Girard.

Le démarrage du XIXe siècle (1789–1815)


La charte de 1814
La révolution de 1789 a renversé l’Ancien régime. Une succession de régimes s’ensuit : une monarchie constitutionnelle, la 1e république, puis l’Empire (Napoléon). Toute l’Europe avait fait la guerre à Napoléon, l’avait vaincu (mars 1814), et avait remis les Bourbons sur le trône (Louis XVIII). Ne pouvant éliminer l’héritage de la révolution, ce dernier “octroie” la “charte” de 1814 (une constitution qui n’en a pas le nom). En 1815, Napoléon revient (les 100 jours) mais est battu définitivement à Waterloo (18 juin 1815). Les Bourbons reviennent, c’est la 2e restauration.

C’est alors que commence le XIXe siècle des historiens.

Sur l’international, la France a perdu son hégémonie sur la vieille Europe et son duel contre l’Angleterre. Le fiasco géo-politique va entraîner un fiasco économique (perte des colonies, ruine des ports) qui va doter l’Angleterre d’une avance industrielle. Son industrie, mais aussi sa stabilité politique, inspirera de nombreux penseurs français du XIXe.
Sur le plan national, la France est à présent dotée d’une sorte de monarchie constitutionnelle basée sur la Charte de 1814, qui servira de référence dans les décennies à venir. Cette charte repose sur le partage des pouvoirs entre le roi et son gouvernement qu’il désigne (ministres, etc), et deux chambres : la Chambre des députés (élue au suffrage censitaire), et la Chambre des pairs (membres désignés ou héréditaires). Au suffrage censitaire, seuls les riches votent (ceux dont le relevé d’impôts dépasse le cens), et la manipulation du cens et des circonscriptions permet souvent à l’exécutif d’influer sur la composition de la chambre.

La nation est divisée. Les différents groupes ne cherchent nullement à cohabiter en paix ; chacun veut le pouvoir. Durant tout le siècle, les complots seront multiples, le pouvoir est en permanence à la merci d’un coup de main réussi, balloté d’un coup d’État à l’autre.

La seconde restauration (1815–1830)

La société française est malthusienne, c’est à dire qu’elle pratique la prudence économique et industrielle. La France est surtout rurale, avec des grands propriétaires mais il y a aussi une classe ouvrière miséreuse, sans protection sociale, à la merci des aléas économiques. Leur misère attire l’attention d’intellectuels (Sismondi, Saint-Simon, Fourier) ; en même temps les ouvriers montent des associations secrètes.

Sur le plan politique, les ultras (ultra-royalistes) et les modérés s’affrontent et s’alternent à la Chambre des députés ; chaque revirement se fait avec sa vague de lois réactionnaires ou libérales selon les tendances. La presse, l’éducation, l’Église, le corps électoral sont les sujets les plus sensibles et les plus manipulés.

Échiquier politique de la seconde restauration
Les étiquettes politiques couvrent évidement des concepts flottants selon les gens et les années. Ce tableau est approximatif, destiné uniquement à représenter les tendances.
les bourgeois / modérés / libéraux Les ultras (légitimistes)
/ pointus
/ réactionnaires
les républicains les royalistes modérés
(orléanistes … légitimistes)
républicains sociaux /
socialistes
républicains bourgeois
                les bonapartistes
← la gauche                                                 la droite →

À la mort de Louis XVIII (16 septembre 1824), son frère Charles X, un ultra, monte sur le trône. Le manque d’ouverture de sa politique lui fait perdre la majorité à la Chambre des députés. Refusant de regner avec un gouvernement modéré (aujourd’hui on parlerait de cohabitation), Charles X essaie de basculer en force le régime vers une forme plus ultra (les quatre ordonnances du 26 juillet 1830). Paris réagit par une insurrection de trois jours : les Trois glorieuses.

Une fois le gouvernement renversé par la rue, la Chambre des députés, en majorité modérée et bourgeoise, nomme à la tête du pays le duc d’Orléans, Louis-Philippe (prétendant issu d’une branche ratérale des Bourbons, descendante aussi de Louis XIII). Les Orléanistes sont maintenant au pouvoir, Charles X en exil, les légitimistes (carlistes) dans l’opposition. Parce-que cette révolution a été récupérée par la bourgeoisie qui ce jour là a péréféré un Orléans à un Bourbon, Girard en dira que « ce ne fut, hélas !, qu’un accident dans les destinées de la France ».

La Monarchie de Juillet (1830–1848)

Le “roi des barricades” de la “monarchie tricolore” prend des allures bourgoises qui contrastent avec la tendance ultra et théocratique de Charles X. Louis-Philippe joue le jeu du régime parlementaire et pousse une économie des classes moyennes : paix, ordre et progrès vont tirer vers le haut toutes les classes, mais pas trop vite. Les républicains (intellectuels, cadres techniques, quelques notables) forment des sociétés secrètes d’opposition et font des campagnes de presse. Le régime hésite entre libéralisme et ouverture accrue (tendance initiale du gouvernement Laffitte), ou bien intransigeance libérale (tendance Perier à partir de 1831) qui bride l’éveil social par la force. Les classes douloureuses (ouvriers, prolétaires) ont des conditions de vie et de travail effroyables et attirent l’attention de quelques catholiques sociaux (Ozanam, Lamennais, Lacordaire, Montalembert). Les ouvriers veulent une amélioration de leurs conditions mais leurs demandes ne débouchent pas. Les canuts lyonnais (ouvriers des métiers à tisser) en 1831, lorsque le gouvernement prend parti contre eux dans leurs demandes de tarif (on parlerait aujourd’hui de revendications salariales), ne trouvent d’autre alternative que la révolte (21–24 novembre) au cri de “vivre en travaillant ou mourir en combattant”. Seuls les meneurs républicains seront jugés, mais acquités par le jury. Pour défendre leurs intérêts, les ouvriers se mutuellisent. Leurs mutuelles (sortes de syndicats avant l’heure) seront pourchassés par la police indistictement avec les sociétés républicaines.
Ces dernières ne restent pas inactives ; les républicains se soulèvent les 5 et 6 juin 1832, mais sont réduis au cloître de St-Merry (c’est l’émeute des Misérables où Gavroche se fait tuer, cette émeute est sur wikipédia). Les “condamnés de juin” (Prosper, Jeanne, Blondeau, Lepage, Colombat) seront emprisonnés au Mont-Saint-Michel
Le mouvement ouvrier se politise, et la 2e révolte des canuts des 9-14 avril 1834 se fera au cri de “vive la république”. Cette révolte aura des répliques dans toute la France. Une fois la révolte matée (“la semaine sanglante”), les “accusés d’avril” sont transférés à Paris pour un “procès monstre” par une cour spéciale : la Cour des pairs. Girard, en tant qu’avocat, y sera défenseur, et avec les autres il sera poursuivi à cause de leur lettre ouverte Aux prisonniers d’avril.
Le 12 mai 1839, c’est la “Société des saisons” (des républicains sociaux : Auguste Blanqui, Armand Barbès, Martin Bernard…) qui lance une insurrection pour renverser le gouvernement, mais échoue faute de préparation et de base populaire. Les “insurgés de mai” seront emprisonnés au Mont-Saint-Michel.

Au bilan, c’est la tendance intransigeante qui s’installe. Le développement est maintenu au ralenti par “le système”, notamment sous le gouvernement Guizot, par peur d’une révolution industrielle trop rapide qui changerait la donne (des richesses et du pouvoir). De cette société bridée, une contestation se diffuse alors dans les années 1840 : le positivisme, porté par des savants (on dit aujourd’hui des scientifiques), des artistes, des lettrés, mais aussi les jeunes cadres frustrés des milieux d’affaire.

En 1847, le mouvement de protestation prend de l’ampleur et lance des campagnes de presse. On y réclame “la réforme” (en particulier du corps électoral : le cens à 100 F). La récolte est très mauvaise, provoque une crise alimentaire qui dégénère en crise économique. Un banquet politique est organisé pour le 22 février 1848 ; la troupe se déploie en anticipation de troubles, Paris répond avec des barricades, et c’est l’explosion. Le gouvernement saute, la république est proclamée le 25.

La seconde république (1848–1851)

Les élections de 1848

La république se veut sociale (suffrage universel, droit au travail, école gratuite) ; la classe ouvrière est dignement reconnue. Des ateliers nationaux sont créés pour donner du travail aux chômeurs. Mais la crise est là, l’argent se cache, forçant les impôts à augmenter, provoquant des mécontentements. Le gouvernement doit mettre en place les élections. Il est partagé entre les tendances libérales (Lamartine, Arago) qui veulent juste sortir de la crise et faire une démocratie politique, et les socialistes (Louis Blanc, Albert) qui veulent une démocratie sociale. Ces derniers sont conscients que le mécontentement populaire contre cette “république fiscale” va jouer contre eux.

Pour repousser les élections (afin de se donner le temps d’éduquer les masses), Blanqui et ses amis organisent une “journée” le 17 mars 1848, mais la manifestation échoue et l'élection est fixée au 23 avril. Une nouvelle manifestation est organisée le le 16 avril pour reporter les élections, et vire aussi à l'échec. Sans surprise, ils perdent les élections du 23 avril (premier scrutin au suffrage universel). L'Assemblée Constituante compte désormais 250 députés royalistes, élit le gouvernement (la “Commission exécutive”) d'où les socialistes sont exclus.

Journée du 15 mai 1848

Encore une fois la bourgeoisie s’accapare le pouvoir que les classes populaires ont enlevé par leur révolution. Se constatant floués, la tension politique monte. La situation des Polonais, écrasés par les troupes prussiennes et autrichiennes, déclenche une crise politique que les socialistes vont transformer en une autre “journée”, le 15 mai 1848 : ils prennent de force la chambre des députés et créent un gouvernement provisoire (Louis Blanc, Albert, Raspail, Barbès, Blanqui). Mais la Commission exécutive (surtout Lamartine et Ledru-Rollin) fait battre le rappel de la Garde Nationale des quartiers bourgeois qui, avec le soutien de la Garde mobile, dégage l'Assemblée puis l'Hôtel de ville. Barbès et Albert sont incarcérées
Les suites juridiques de la journée du 15 mai 1848
La première instruction est assurée par le tribunal de première instance de la Seine et aboutit à des non-lieux pour la plupart des manifestants arrêtés à l'Hôtel de Ville. L'instruction se poursuit pour les “meneurs”, dont Louis Blanc, Blanqui, Flotte.

La constitution est votée le novembre 1848, et dispose en son article 91 de la mise en place de la Haute Cour pour juger les personnes prévenues de crime contre la sûreté de l'État. Le 22 janvier 1849, une loi est votée qui renvoit les auteurs et complices de la journée du 15 mai devant cette Haute Cour de justice, qui devra siéger à Bourges.

À l'issue de 25 séances, du 7 mars au 3 avril 1849, la Haute Cour prononcera sept condamnation : Barbès et Albert (Alexandre Martin) à la déportation, Blanqui, Raspail, Flotte, Sobrier et Quentin à la détention. Girard y était défenseur de Blanqui.

La crise est toujours là, et les ouvriers parisiens sont de plus en plus réceptifs à la propagande socialiste. Les ateliers nationaux sont fermés le 21 juin 1848 pour éviter leur faillite, ce qui jette les ouvriers dans la rue. L’émeute est inévitable (au cri de “du pain ou du plomb”). Le 23 juin est une nouvelle (et dernière pour 1848) journée révolutionnaire, mais la troupe est prête, et elle réduit, après de féroces combats, les derniers insurgés le 26.

Élections

Une fois les socialistes matés, les capitaux réapparaissent, l’économie reprend. La bourgeoisie reprend la main et commence une vague de répression et de lois réactionnaires.

La constitution est achevée (12 novembre 1848), et il faut élire un président. Les orléanistes proposent Louis Napoléon Bonaparte. Ce dernier, en plus de rallier les bonapartistes, va parvenir, avec un programme bourgeois libéral, à fédérer les républicains libéraux, les réactionnaires, mais aussi les républicains sociaux dégoûtés de la défaite de juin, et tous les ennemis des dirigeants de la république de 1848. Vote de sanction ou d’adhesion, toutes les classes votent pour lui et il est élu par 5,4 M° de voix sur 7,5 M° d’électeurs (10 décembre 1848) ; les élections législatives qui suivent confirment l’écrasement des républicains modérés par les droites. Seule subsite l’extrème gauche, sauvée par une bonne campagne, avec 180 députés socialistes (ou républicains avancés), qui gènent le gouvernement.

Journée du 13 juin 1849


Les suites juridiques de la journée du 13 juin 1849
Après une ordonnance de prise de corps du tribunal de première instance de la Seine (4 août 1849), la Chambre des mises en accusation (9 août 1949) renvoyait les accusés devant la cour d'assise de la Seine. Une loi du 10 août décida le renvoi des accusés devant la Haute Cour de justice. l’Assemblée vota aussi le 10 août la convocation de la Haute Cour et désigna Versailles pour la tenue du procès.

Le procès s'ouvrit le 12 octobre 1849. Les débats se déroulèrent dans une atmosphère très violente jusqu'à la fin. Les défenseurs entendaient plaider le droit à l’insurrection en cas de violation de la constitution, mais les juges refusèrent cette défense, et les avocats refusèrent alors de plaider. Le 15 novembre, la cour prononça 11 acquittements et 20 condamnations.

En Italie, la république est proclamée le 5 février 1849 et le pape y est déchu. Sous la pression des catholiques, le gouvernement français y envoit un corps expéditionnaire pour le rétablir. Les républicains protestent contre cette violation de la constitution (qui interdisait toute entreprise « contre la liberté d’aucun peuple »), à l’assemblée, sans effet, puis dans la rue. Les socialistes, les “montagnards” (180 députés, élus des quartiers Est de Paris), l’extrême gauche défilent le 13 juin 1849, et essaient de prendre le pouvoir par la force. Le souvenir de la répression des journées de juin est toujours vif. La manifestation ne connait pas l'ampleur espérée (6 000 manifestants), et le journée est un échec total ; les députés impliqués sont arrêtés, exclus de l’Assemblée, ou en fuite (Arago, Ledru-Rollin).

La gauche est décapitée ouvrant la voie à une seconde vague de répression et de lois réactionnaires, y compris une modification de la loi sur le suffrage universel qui en éloigne les ouvriers.

Louis Napoléon Bonaparte et le Coup d'État du 2 décembre 1851

Une journée révolutionnaire, comment ça marche ?
Dans Le Ventre de Paris (1878), Zola imagine un républicain idéaliste qui prépare une journée révolutionnaire pour renverser l’Empire. Zola nous fait partager son plan :
« Il visita chaque rue, la rue de Lille, la rue de l’Université, la rue de Bourgogne, la rue Saint-Dominique ; il poussa jusqu’à l’esplanade des Invalides, s’arrêtant à certains carrefours, mesurant les distances en marchant à grandes enjambées. Puis, de retour sur le quai d’Orsay, assis sur le parapet, il décida que l’attaque serait donnée de tous les côtés à la fois : les bandes du Gros-Caillou arriveraient par le Champ-de-Mars ; les sections du nord de Paris descendraient par la Madeleine ; celles de l’ouest et du sud suivraient les quais ou s’engageraient par petits groupes dans les rues du faubourg Saint-Germain. Mais, sur l’autre rive, les Champs-Elysées l’inquiétaient, avec leurs avenues découvertes ; il prévoyait qu’on mettrait là du canon pour balayer les quais. Alors, il modifia plusieurs détails du plan, marquant la place de combat des sections, sur un carnet qu’il tenait à la main. La véritable attaque aurait décidément lieu par la rue de Bourgogne et la rue de l’université, tandis qu’une diversion serait faite du côté de la Seine. Le soleil de huit heures qui lui chauffait la nuque avait des gaietés blondes sur les larges trottoirs et dorait les colonnes du grand monument, en face de lui. Et il voyait déjà la bataille, des grappes d’hommes pendues à ces colonnes, les grilles crevées, le péristyle envahi, puis tout en haut, brusquement, des bras maigres qui plantaient un drapeau. »
Voici ce que dit Girard de l'anné 1857 (2nd empire) :
« 1857, serein jusqu'à ses derniers instants, prospère pour celui-ci, heureux pour nous, fécond pour tous les deux, 1857 a disparu dans les légers brouillards de décembre. À voir cette belle fin d'année, on eût dit qu'elle quittait avec un mélancolique sourire de tendresse et de regret cette vieille Lutèce, et cette généreuse terre de France où elle a réalisé tant de grands et nobles travaux : Paris, sillonné de voies nouvelles, ajoutant des boulevards à ses boulevards, des parcs à ses parcs, des monuments à ses édifices ; le Louvre moderne complétant le Louvre ancien et transfigurant l'œuvre de Pierre Lescot, par ses splendeurs artistiques  les railways rayonnant de ce centre national vers toutes les frontières ; la vapeur coupant l'isthme pyrénéen et reliant la Méditerranée au golfe de Gascogne : voilà l'œuvre de cette année dont le soleil s'est couché dans le Capricorne en lui prètant, jusqu'à sa dernière heure, le nimbe d'or de ses rayons. »
« 1858 », in Le Monde illustré n°38, p. 6, le 02/01/1858. Cliquer ici pour voir l'article complet...
Des dissensions se développent entre les droites. Les plus autoritaires commencent à songer à un coup d’État. Louis Napoléon Bonaparte parcourt le pays en prônant l’ordre et un exécutif fort ; il enthousiasme l’armée. Il propose d’assouplir le suffrage universel, ce qui est refusé par la droite bourgeoise (qui ne veut pas que les ouvriers votent), qui du coup se discrédite elle-même dans l’opinion publique. Le 2 décembre 1851, il déploie ses troupes, arrête les chefs de gouvernement opposés et prend le pouvoir. Il écrase les quelques résistances à Paris et en province (03–04 décembre), et fait arrêter puis déporter les chefs républicains et autres opposants (26.000 opposants arrêtés, 15.000 sont condamnés dont 10.000 déportés en Algérie). Victor Hugo part en exil, il n’y a plus de républicains en France. Par deux plébiscites, Louis Napoléon Bonaparte transformera en un an la république en Empire.

Le second empire (1852–1870)

Louis Napoléon Bonaparte est largement plébiscité (plus de 7M° de voix contre moins de 1M° les 20 décembre 1851 puis 21 novembre 1852) par une population finalement soulagée, qui avait fini par avoir peur de cette révolution de 1848 qui voulait changer trop de choses.

Il avait récupéré les rancœurs des bases orléanistes ; il rallie maintenant les cadres entrepreneurs et négociants impatients qu’on lâche la bride à révolution industrielle. Après l’échec de la république, il promet d’être social et récupère les ouvriers. Les différentes classes ont perdu leurs leaders, mais ont ainsi la perspective d’un bond en avant.

L’empereur est moderne et réalise l’expansion économique de la société.

Il a monté une constitution dotée d’un exécutif fort, il musèle les libertés civiles et met en place un système qui privilégie aux élections les candidats officiels. Il gonfle le prestige de l’armée par quelques guerres victorieuses quoique difficiles (Crimée, Guerres d’Italie [Cf. ce petit cours d'histoire HTML, PDF]), mais surtout il fait, avec les Saint-Simoniens, rénover le système bancaire, fait lever des capitaux qui serviront à tous ses chantiers de modernisation : chemin de fer, machines à vapeur, textile, portuaire, grands magasins, travaux Hausmanniens… Le commerce et l’immobilier fleurissent et toutes les classes s’améliorent. Même les ouvriers voient leurs conditions progresser. Avec les républicains disparus, seuls les artistes se sentent à l’étroit : Zola pourfend la société bourgeoise décadente, Baudelaire et Flaubert sont condamnés, Monet est conspué, Courbet est critiqué. En 1860, l’Empereur assouplit le régime et laisse se former un parti d’opposition de républicains et de royalistes (l’“Union libérale”, puis plus tard le “Tiers-parti”). Parce-qu’il n’améliore pas les libertés (individuelles, de la presse, électorales), il finit par perdre sa popularité, et l’opposition grignotte. Il relâche pourtant sa politique en 1865 (droit de grève), puis en 1869 (loi sur la presse), mais c’est insuffisant, et le Tiers parti gagne les élections de 1869 (gouvernemnt d’Émile Ollivier).

Sur le plan international, Napoléon III s’était aliéné Bismarck (Prusse) en se faisant médiateur dans sa guerre contre l’Autriche (finalement vaincue à Sadowa, 3 juillet 1866). Sur fond de revendication du trône d’Espagne et d’intrigues diplomatiques, Bismarck finit par enflammer son opinion publique et déclencher une guerre, qui est déclarée le 17 juillet 1870. Les français sont mal préparés, désordonnés, et l’empereur est pris à Sedan (Ardennes).

Les républicains saisissent l’occasion, prennent le Corps législatif le 4 septembre, et fondent la 3e république, avec les survivants de 1848, et des jeunes républicains (Gambetta…).

La 3e république et la suite

Nous avons atteint la fin de la période qui nous intéresse. Après ça, l’Histoire continue. La défaite (mai 1871), la Commune (mars-mai 1871), la victoire définitive des républicains sur les royalistes (élections de 1877), le boulangisme (1887–1889), l’affaire Dreyfus (1894–1906), la séparation de l’Église et de l’État (1905), et la Grande Guerre (1914–1918). Cette Histoire continue sans Fulgence Girard qui la quitte en 1873. C’est pendant cette crise de 1870 que sa fille Marie Girard prendra le voile chez les Sœurs hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve, et sera pendant la Grande Guerre à deux reprises en charge d’une station hospitalière. Elle quittera l’Histoire en 1918, précédant de peu son neveu Henri, petit-fils de Fulgence Girard, capitaine tué par les combats (voir les repères généalogiques).


Page créée ca. 2001, par Baptiste Marcel, dernière mise à jour le 23/11/2010 AD.

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